Whereiskebab? a 10 ans : « On rigole toujours autant »

Samedi 8 juin 2024, le trio punk-rock humoristique de Caen Whereiskebab? a fêté ses dix ans à domicile, au Portobello Rock Club. Interview avec le chanteur-guitariste Kébab Le Tronc.

Concert des 10 ans de Whereiskebab? à Caen le 8 juin 2024 ©Philippe Jautée

Kébab Le Tronc, le concert anniversaire du 8 juin 2024 au Portobello Rock Club, à Caen, était une grande première pour le trio Whereiskebab. Qu’est-ce qui a donné envie de fêter les 10 ans ?

Nous nous sommes dit qu’une décennie était emblématique pour un groupe qui ne pensait pas aller aussi loin. C’était assez intense pour se dire « allez, on essaie de faire un truc cool pour fêter la décennie ».

Quel est ton bilan de cette fête ?

C’était au-delà de nos espérances. C’était ultra bienveillant. Tout le monde avait la banane. L’ambiance était folle. Et on a fait complet. C’était trop bien ! Voir des têtes que nous n’avions pas vu depuis longtemps, des gens de groupes, des gens d’un peu partout qui ont contribué de près ou de loin à ce projet, c’était fou. Et avoir notre amie Ella Gunn et Les agités du bocal était trop cool. C’était parfait. Nous sommes encore sur un petit nuage.

Le chanteur-guitariste Kebab, lors du concert des 10 ans de Whereiskebab? au Portobello Rock Club, à Caen, le 8 juin 2024. ©Philippe Jautée

Comment avez-vous rencontré Ella Gunn ?

On a joué dans un festival près de Coutances pour une association caritative. Elle avait un pull Blink 182 et c’est ce qui a créé le contact. Quand on a vu son concert, on s’est dit que c’était très bien. Après notre concert, on a discuté, elle nous a dit « c’est trop bien ». On ne se doutait pas qu’elle écoutait du punk-rock et on a découvert qu’Ella Gunn jouait avant dans 64 dollar question. Nous avions les mêmes références. Coup de foudre amical direct ! C’est une chouette personne.

Et comment avez-vous découvert Les agités du bocal ?

Pareil, sur une date de concert. On avait joué avec eux et avec Les Ptits Jésus voyageurs dans une salle à Bolbec. La Fabrik à Sons organisait une soirée Rock’n’Drôle party. On avait bien rigolé avec eux. On a rejoué avec Les Agités du bocal pour l’Armada, à Rouen, et on a alors eu plus l’occasion de discuter avec eux.

Sur la scène du Portobello, pour le concert anniversaire, le rappeur Axio est monté sur scène. Quel était le morceau ?

C’était le morceau Rien à perdre disponible sur sa Brotape volume 1. Nous sommes super contents de l’avoir fait en live.

Lors du concert anniversaire des 10 ans de Whereiskebab?, le 8 juin 2024 à Caen, Axio a rejoint le groupe sur scène pour le morceau « Rien à perdre ». ©Philippe Jautée

Du rap sur du punk, est-ce un exercice que tu connaissais déjà ?

Pas du tout. C’était un morceau assez compliqué à composer. Axio voulait une musique punk-rock californienne. C’était très compliqué de poser du texte dessus. Quand j’ai écrit mon couplet, il m’était compliqué d’écrire quelque chose de sérieux, ça faisait longtemps. Il fallait une osmose, que le morceau ne soit pas dénaturé. Mais c’était un très bon exercice. Ce morceau est passé par plusieurs étapes. Nous nous sommes dit qu’il n’allait pas sonner terrible mais, au final, on a réussi à faire quelque chose qui correspond aux deux projets et nous en sommes très contents.

Vers la fin du concert anniversaire, un guitariste est monté sur scène. Qui était-ce ?

C’est Josselin, notre ingénieur son qui nous suit depuis dix ans. Il avait un groupe avant. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas joué de guitare sur scène. C’était le meilleur hommage qu’on pouvait lui faire pour ce concert-là. C’était chouette de le voir prendre la guitare. Il était très content. On le remercie à chaque fois. C’est vraiment le quatrième membre du groupe.

À la base, Whereiskebab? n’était pas fait pour durer. On voyait ce que ça pouvait donner. Finalement, ça devient essentiel à nos vies, à notre bien-être.

Kébab Le Tronc, chanteur-guitariste de Whereiskebab?

Le line up de Whereiskebab? a-t-il évolué en dix ans ?

Nous avons toujours eu le même line up. Et Josselin nous suit depuis neuf ans et demi. Nous sommes toujours très heureux. Evidemment, dans un groupe, il y a toujours des moments de doute, comme dans un couple. On évolue ensemble. On a toujours la même passion. On rigole toujours autant. On se déteste toujours autant parfois (rires) mais c’est toujours trop chouette.

Parmi vos influences, tu mentionnes Sum 41 et Blink 182. Quelles sont les autres ? Est-ce que Green Day en fait aussi partie ?

Oui, jusqu’à l’album Dookie. Pour ma part, je suis très fan du groupe NOFX. Notre bassiste Tus est plus de l’école Red Hot Chili Peppers et Vulpeck. Il aime aussi Royal Blood. Le batteur Sid est plus de l’école The Ramones et Against Me!. Il aime aussi beaucoup les Red Hot.

Kébab, tu es tatoueur et tu dessines. Est-ce que ça a pu inspirer la musique de Whereiskebab? Ou est-ce l’inverse ?

C’est plutôt l’inverse. Je fais tous les visuels pour Whereiskebab?. On essaie de placer un maximum de chats partout car on aime beaucoup les chats ! On est très influencé par la pop-culture. Ça se voit un peu dans notre merch.

Votre goût pour la pop-culture s’entend aussi dans vos morceaux. Je pense au coup de gueule sur la machine hollywoodienne et de ses nombreux reboots…

Oui, sur le morceau Hollywood carnage ! Je ne vais pas dire que nous sommes des puristes, mais il y a des films qui ont influencé les personnes que nous sommes aujourd’hui et ça nous met un petit peu en colère de voir que des licences sont prises pour en faire n’importe quoi. Nous essayons de tacler un peu tout le monde pour mettre tout le monde au même niveau et qu’il n’y ait pas de différence de classe, que tout le monde rigole. Un gars en concert nous a dit qu’on faisait « de l’insolence bienveillante » et maintenant on le redit car c’est bien résumé !

Déjà plusieurs albums dont du live. Avons-nous des chances de voir sortir un album live de vos 10 ans ?

Oui, on espère vraiment faire cet album live, ce serait trop chouette. Jocelyn est déjà en train de dérusher ce qui a été enregistré au Portobello. En tout cas, la pochette est déjà prête. Il y avait peut-être déjà un indice sur l’univers de la pochette dans le décor des 10 ans. On aimerait beaucoup faire ce live. En plus, ce concert était filmé ! Il y a pas mal de dérushage. Nous sommes indépendants donc on fait tout par nous-même, ça prend un peu de temps.

Le bassiste Tul, le batteur Sid et le chanteur-guitariste Kébab, à la fin du concert des 10 ans de Whereiskebab? le 8 juin 2024 à Caen. ©Philippe Jautée
Le bassiste Tus, le batteur Sid et le chanteur-guitariste Kébab, à la fin du concert des 10 ans de Whereiskebab? le 8 juin 2024 à Caen. ©Philippe Jautée

Est-ce que cet album live aurait droit au format physique ?

Oui, on aimerait bien en physique si ça sort.

Vous avez déjà sorti du live en physique…

Oui, notre premier album live, enregistré à Caen, au El Camino, il y a quelques années. Il était inspiré du live de Blink 182, The Mark, Tom and Travis Show. Le nôtre s’appelait The Sid, Tus & Kebab Show et j’avais parodié la pochette du live de Blink 182. Et pour la pochette de l’album live des 10 ans, j’ai peut-être parodié une pochette d’un orchestre qui se prénomme Jour vert ! [NDLR : de quoi suggérer fortement un hommage à l’album culte « Dookie » de Green Day.]

Quel est ton regard sur la scène punk-rock de Caen ? Est-ce qu’il y en a beaucoup selon toi ?

Il y en avait beaucoup plus avant. En punk-rock humoristique, je crois que nous sommes les seuls à Caen. Ce n’est pas un style facile à placer. Dans les groupes punk-rock qui cartonnent à Caen, mais pas du tout dans le même univers que nous, il y a The Eternal Youth qui ressort du lot. C’est vraiment très chouette. Ils sont très forts. Il y a aussi Lapin blanc. Et il y a aussi The Little Birds, mais je crois que c’est plus punk que punk-rock.

Quelques jours après avoir fêté ses 10 ans à Caen, le trio Whereiskebab? a fêté la musique le 21 juin 2024 au Valhalla, à Ifs. ©Philippe Jautée

Revenons à ta rencontre avec tes deux comparses de Whereiskebab? : est-ce qu’il y avait alors une évidence ?

La première fois que nous nous sommes rencontrés, un peu comme avec Ella Gunn, ce fut le coup de foudre amical direct ! Tout était simple. Et on aimait beaucoup rigoler ensemble. À la base, Whereiskebab? n’était pas fait pour durer. On voyait ce que ça pouvait donner. Finalement, ça devient essentiel à nos vies, à notre bien-être. Nous sommes heureux de toujours faire de la musique et de voir qu’il y a toujours des gens qui nous soutiennent. C’est incroyable. On ne réalise pas trop.

KO KO MO : « On a pris plaisir à peaufiner le son »

Dimanche 10 juillet 2022, sous un beau soleil, le duo nantais Ko Ko Mo jouait au festival Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair. À cette occasion, le chanteur-guitariste Warren et le batteur Kévin ont répondu aux questions de BalanceTaProg sur leur troisième album et leurs goûts musicaux.

Kévin et Warren du duo nantais KO KO MO ont joué au festival Beauregard 2022. © Philippe Jautée

Comment est né l’album Need some mo’ ?

Warren : Dès le début du confinement, on a commencé à écrire. On a essayé de prendre le temps, ce qui n’était jamais arrivé avant parce qu’on avait fait les deux albums précédents pendant les tournées donc toujours avec plus ou moins de frustration de faire les choses vite. Cette fois-ci, on a goûté au luxe du temps et je pense qu’on bossera toujours comme ça à l’avenir.

Kévin, quels souvenirs gardes-tu de l’enregistrement de Need some mo’ ?

Kévin : Warren a composé les bases de l’album. J’avais très envie qu’on se retrouve car on avait le temps que nous n’avions jamais eu auparavant. Nous nous sommes posés dans une petite maison qu’on nous a prêtée. On a racheté du matos. Il y avait alors un travail de composition ensemble, d’amélioration, de changement. C’était hyper chouette. On pouvait rentrer chez nous et on pouvait recomposer ensemble, enregistrer, réécouter. On était deux mais nous n’étions pas seuls à bosser. On bosse avec Loris et Yohan qui sont aussi avec nous sur la route. C’est un exercice. On aime beaucoup la scène mais, un peu frustré de ne pas y être, on a pris plaisir à peaufiner le son. On a acheté et posé des micros. On a écouté. On a réussi à faire des préprod, ce qui n’était pas évident à la base. On a encore amélioré pour faire les prises définitives. Et nous sommes très contents de le défendre sur scène aujourd’hui.

Warren et Kévin du duo Ko Ko Mo au Festival Beauregard 2022. © Philippe Jautée

Il y a sur cet album une reprise qui fonctionne très bien, y compris en concert. Qui a eu l’idée de reprendre « Last night a D.J. saved my life » d’Indeep. Quel membre de Ko Ko Mo a convainvu l’autre de reprendre ce morceau ?

Kévin : C’est parti d’une blague. Warren, dans le camion au bout de sept heures de route, nous l’a fait écouter. Des copains avec lesquels on bosse nous ont dit que ça mettrait tout le monde d’accord. En 2017, on avait fait une reprise de « Personal Jesus » [de Depeche Mode], entre notre premier et notre deuxième album, et on voulait faire un peu le même délire, un petit happening entre le deuxième et le troisième. Mais la pandémie a fait traîner la diffusion de cette reprise et ça a fait un petit peu la promo de l’album. Donc il est sur l’album mais en mode bonus track. Et si on a le LP en vinyle, il est en petit 45 tours pour la petite surprise.

KO KO MO au Festival Beauregard 2022. © Philippe Jautée

Un coup de cœur musical dernièrement ?

Warren : Le groupe qu’on vient de remplacer à Beauregard, Other Lives. J’ai carrément kiffé. J’ai acheté un album et Warren m’en a offert un autre pour mon anniversaire. On écoute un petit peu de tout dans le camion. En ce moment, j’aime beaucoup écouter Agar Agar.

Kévin : Mon groupe préféré du moment est DeWolff, un trio hollandais qui défonce tout. Ils font du 70’s de A à Z d’une manière brillantissime.

Propos recueillis le dimanche 10 juillet 2022 au Festival Beauregard.

Suzane : « les femmes doivent se réapproprier leurs corps et leurs plaisirs »

Rencontre avec l’autrice-compositrice-interprète électro-pop Suzane au festival Papillons de nuit, à Saint-Laurent-de-Cuves (Manche) samedi 4 juin 2022. Elle sortira « Caméo », son deuxième album, le 4 novembre.

Suzane, je te rencontre alors que tu assures une tournée bien chargée…

C’est génial, on rattrape le temps perdu ! J’ai plus de 32 festivals. C’est une chance inouïe de pouvoir présenter mes nouvelles chansons, mon nouvel album qui arrive. C’est important pour moi car j’ai commencé sur scène. Le public a été très bienveillant. Le premier disque Toï toï est disque d’or grâce à tous ces gens qui l’ont fait vivre et je les remercie. C’était important pour moi de leur présenter la suite sur scène et non pas d’attendre que ce soit sur les plateformes. J’avais envie de voir les gens et de leur chanter ces chansons-là en vrai.

Est-ce que ça peut aider à faire la sélection des titres pour l’album ?

Peut-être. En tout cas, c’est un bon test. Évidemment, j’ajoute des chansons de Toï toï et le but est d’avoir un set efficace, que les gens puissent passer par plusieurs émotions, qu’il y ait des chansons très dansantes et aussi des chansons plus ballades, plus d’émotions, plus chantées. La danse est toujours très présente dans mon show. Je risque de suer un peu, car elle est encore plus présente.

Suzane le samedi 4 juin 2022 au festival Papillons de nuit. © David Wooldridge

Tu vas jouer Cl(i)t is good ?

Bien sûr, je ne vais pas m’en priver car, malheureusement, sur YouTube, elle a été limitée au bout de quatre jours (interdiction aux moins de 18 ans, NdlR]. Là, dans les festivals, j’ai la chance de pouvoir être libre de la chanter à haute voix. Donc j’espère que les gens chanteront avec moi ce refrain « Cl(i)t is good » haut et fort.

Est-ce que cette limitation t’a surprise et/ou choquée ?

Un peu les deux, forcément. Surprise, forcément. Choquée, un petit peu aussi car, finalement, c’est une espèce d’incohérence. Aujourd’hui, j’arrive avec cette chanson et ce clip qui aborde le plaisir féminin. Je crois qu’aujourd’hui on voit souvent l’image de la femme par des images dégradantes, avec une femme qui est très souvent sexualisée, objectivée. On éveille le plaisir des autres à travers le corps de la femme. J’ai écrit cette chanson parce que je crois qu’on a manqué cruellement de discours sur notre propre plaisir et qu’aujourd’hui les femmes doivent se réapproprier leurs corps et leurs plaisirs. Malheureusement, je tombe parfois sur des clips ou des paroles d’artistes qui abordent la femme de manière un peu douteuse et violente parfois. Nous, c’est de l’art que nous avons fait. Il y a des lumières, des actrices, Victoria Abril, Kit Picamoles, Deborah Lucumuena, des actrices reconnues. Charlotte Abramow est une réalisatrice incroyable qu’a tourné la plupart des clips d’Angèle, qu’a fait beaucoup de choses pour le féminisme. Nous étions très déçues de se dire que des jeunes de moins de 18 ans vont arriver plus facilement à regarder des vidéos pornographiques que de regarder ce clip qui aurait pu les éduquer autrement, du moins dans la représentation de la femme.

Grand Corps Malade a su mettre à l’honneur les femmes dans l’album Mesdames dans lequel tu as collaboré sur Pendant 24 h. Quel souvenir en gardes-tu ?

C’est un super souvenir, un de mes meilleurs. Nous nous sommes rencontrés avant tout ce Covid, alors que nous étions sur scène aux Francofolies de la Rochelle. Il est arrivé face à moi. Il est ultra grand, très impressionnant, mais en même temps tellement doux et bienveillant. Le courant est très vite passé entre nous. Après, on a été confiné. Lui était chez lui, avec ses enfants. J’étais chez moi et un jour je lui ai envoyé un Whatsapp. Je lui ai demandé « Fabien, est-ce que ça ta dit de changer de sexe 24 heures ? ». Il s’est marré. Il m’a dit « quelle idée incroyable ». Il a commencé à écrire. J’ai reçu son texte. J’ai écrit le mien. La chanson est née comme ça. On avait envie de parler d’inégalité avec humour, de parler de salaires, de la charge mentale que peuvent avoir les femmes.

As-tu vu le résultat en live lors des tournées de Grands Corps Malade ?

Exactement, j’ai vu le résultat. J’ai surtout pu faire quelques festivals avec lui et il m’a invité à faire ces Zéniths. A Paris, c’était incroyable, blindé. Les gens connaissaient toutes les chansons par cœur. On sent que sur Pendant 24 heures, il y a un truc qui se passe sur les gens, qu’elle donne le sourire et, en même temps, les messages passent.

Au moment où je t’interroge, la construction de cet album a déjà bien avancé…

Je l’ai beaucoup écrit dans ma couchette de tourbus, donc c’est un album qui a déjà voyagé avec moi. J’ai l’impression d’arriver à un moment où je me sens prête à répondre à cette question « Qui es-tu ? ». Aujourd’hui, des gens qui me suivent ont envie de savoir qui est la personne qui se cache derrière ces chansons, derrière cette vision du monde. Je crois que j’arrive un peu plus à m’ouvrir et j’espère que les gens m’accueilleront bien encore une fois.

Suzane le samedi 4 juin 2022 au festival Papillons de nuit. © David Wooldridge

Est-ce qu’un.e artiste passe aussi un message dans la manière de se vêtir ?

Je crois que oui, aujourd’hui, les vêtements, la coupe de cheveux, la manière de se présenter est aussi une expression. Quand je suis arrivée, il y avait ce carré et cette combi. J’avais vraiment très peur d’arriver, que tout le monde me regarde. J’avais envie et en même temps j’avais très peur. Cette combi était une sorte d’armure, « une combi de combat » comme je l’ai souvent appelée. Elle m’a permis de combattre ma peur et j’en garde un très bon souvenir. Mais je n’avais pas envie de m’y sentir enfermée. Le but est que les gens creusent un peu plus, ne s’arrêtent pas à l’habit. J’ai l’impression que mon public adore surtout ce que je raconte. Je continue d’évoluer dans mon look et d’être spontanée. Je crois que ces cheveux en arrière et cette manière de me dévoiler un petit peu plus est grâce au public aussi. Son regard bienveillant m’a donné envie de me dire « Ok, je peux éclore ».

« Belladona » est annonciateur du deuxième album de Suzane, « Caméo », qui sortira le 4 novembre 2022.

Et il reste toujours la possibilité de se renouveler en mode, en look ou sur le plan musical…

Tout le temps! Ne surtout pas s’enfermer ! Pour moi, casser les codes est arriver à ne pas rester dans les mêmes recettes, continuer d’explorer, d’être curieuse, de ma voix, de ce que je peux en faire, de tout.

Propos recueillis par Philippe Jautée. Photos de concert par David Wooldridge.

Le duo Bafang a ouvert l’édition 2022 du festival Beauregard

Lancelot et son frère Enguerran, qui forment le duo normand Bafang, ont joué sur la même scène que Last Train et Muse, mercredi 6 juillet 2022, en before du festival Beauregard.

Mercredi 6 juillet 2022, le duo afro-rock Bafang a assuré la mission d’ouvrir la soirée before du festival Beauregard qui accueillait aussi Last train et Muse. Rencontre avec Lancelot et Enguerran à l’issue de ce concert.

Qu’est-ce que ça fait d’ouvrir pour Muse ?

Lancelot : Ça fait extrêmement plaisir qu’on nous sollicite avec ce groupe qui maintenant fait partie peut-être des légendes du rock.

Enguerran : On était très heureux de voir qu’un groupe comme Muse amène autant de public avant même qu’il joue et qu’on a pu profiter de ce public qui était très ambiancé.

Aviez-vous déjà été à Beauregard en tant que festivalier ?

Lancelot : Je l’ai déjà fait en tant que festivalier, plusieurs fois. L’année où il y avait Etienne Daho était vachement bien. Je me souviens aussi de Lenny Kravitz et Sting. Il y a toujours des super belles affiches.

Enguerran : Moi, jamais. Par contre, en 2018, on avait eu l’occasion d’y jouer sur une autre scène. Le fait d’y jouer sur cette grosse scène cette année était mortel.

Récemment, vous avez assuré une tournée qui vous tenait à cœur…

Lancelot : Oui, la tournée au Cameroun, d’où nous sommes originaires. On a fait ça pendant un mois. Nous sommes partis durant la Coupe d’Afrique des Nations. Nous avons joué à Bafang d’où sont originaires nos grand-parents. C’était une chose à faire, indispensable. Nous avons eu la chance de faire ça et c’était formidable.

Enguerran : C’était une consécration car on a appelé ce groupe par le nom du village de nos ancêtres. On a été hyper bien reçus. C’était fabuleux.

Que nous réserve Bafang ces prochains temps ?

Engerran : Nous serons le 7 juillet aux Terrasses du jeudi de Rouen. Ensuite, nous monterons dans le Nord, au En Nord Beat Festival, à Bailleul [le dimanche 10 juillet, NdlR]. On va continuer à tourner jusqu’à mi-octobre avec un super tourneur chez lequel nous avons signé il n’y pas longtemps, Come on tour. On a quelques petites touches pour une tournée africaine fin 2023. Suivez-nous sur tous les réseaux ! Vous aurez de belles surprises.

Avez-vous vu dans l’affiche festival Beauregard des noms qui vous parlent ?

Lancelot : Bien sûr ! Cannibale, que j’adore vraiment ! Après, il y a Annabella Hawk, de la région, qu’on suit. En gros truc, il y a Muse qui est énorme. Orelsan, je pense que pour les Caennais c’est un gros truc.

Enguerran : J’avoue que Muse est un niveau assez élevé pour un festival. Je suis aussi fan. J’ai appris à la batterie avec des plans de Muse. C’est une belle surprise.

Adèle Castillon, chanteuse de Videoclub, prépare son premier album solo

Jeudi 14 octobre 2021, Videoclub était en concert au Big Band Café, à Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados. Rencontre avec sa chanteuse, Adèle Castillon.

Adèle Castillon le jeudi 14 octobre 2021 avant le concert de Videoclub au Big Band Café,
à Hérouville-Saint-Clair.

Adèle, est-ce que tu connaissais déjà un peu la Normandie ?

J’ai vécu un an en Normandie, pas très loin d’Alençon. J’habitais à L’Aigle exactement. En plus de ça, j’ai pas mal de potes qui vivent à Caen donc c’est une région que je connais assez bien.

As-tu eu l’occasion de te poser un peu à l’occasion de cette date à Hérouville-Saint-Clair ?

Oui, carrément. En plus, je suis venu la veille pour préparer une petite surprise avec Own, un artiste qui habite ici. On l’a répété et c’est chouette.

Toujours motivée jusqu’à la fin de la tournée ?

Oui, toujours motivée et heureuse ! J’ai envie de tourner cette page avec les meilleurs souvenirs possible. Je n’ai pas du tout envie de bâcler cette aventure. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai décidé, malgré la séparation du groupe, d’assurer la tournée. Je sentais vraiment ça comme un devoir que je devais à ces gens. En plus, il y a eu le coronavirus donc c’était un vrai plaisir de défendre cet album sur scène.

Là, je suis en train de préparer mon album, solo cette fois, qui sera à mon nom, Adèle Castillon. Depuis cet été, j’ai jonglé entre dates et production. Après cette tournée, je vais me mettre pleinement dans la production, dans le mix des chansons, et préparer la sortie de cet album.

Adèle Castillon le jeudi 14 octobre 2021 lors du concert de Videoclub au Big Band Café, à Hérouville-Saint-Clair.

Cet album solo aura-t-il les mêmes couleurs que Videoclub ?

Ça aura certaines mêmes couleurs car Videoclub était Matthieu et moi. Il y aura forcément un peu de cet univers-là. Mais c’est un album solo donc ça veut dire laisser place entière à mes textes, à ce qui se passe dans ma tête, mes goûts, mes envies, ça va vraiment être une aventure différente dans laquelle évidement je pense m’épanouir un peu plus dans la mesure où c’est mon bébé. Je pense que ça va être le premier grand projet de ma vie.

Donc, oui, j’imagine des petits bouts qui vont ressembler à Videoclub, mais j’espère vraiment réinventer quelque chose de nouveau, avec peut-être parfois toujours des références aux années 80 et en même temps j’ai bien cette envie de me projeter aussi dans le futur. J’ai beaucoup d’inspirations. The Do, qui date un petit peu maintenant, a un style de musique bien dans l’ère du temps aujourd’hui. Quand on pense à Billie Eilish qui s’en est beaucoup inspiré, c’est assez intéressant. Ce sont deux grosses références pour mon album qui arrive.

L’écriture a déjà bien commencé ?

Oui, l’écriture a commencé déjà depuis bien longtemps, la composition également. Dès que j’ai pu me lancer, je me suis lancée. Maintenant, je veux que tout soit parfait quand il sortira. Car ce sera mon projet écrit à mon nom. J’ai vraiment envie que ce soit à mon image. Je ne suis pas parfaite. J’ai envie que ce soit encore mieux que ce que j’imagine. Et pour ça il faut prendre le temps.

Adèle Castillon le jeudi 14 octobre 2021 lors du concert de Videoclub au Big Band Café, à Hérouville-Saint-Clair.

L’artiste qui assurait ta première partie au Big Band Café, Victor Deverre, a choisi de diffuser sur Radio 666 le titre Enfance 80 de Videoclub. Peux-tu me donner les coulisses de ce morceau ? Comment est-il né ?

Avec Matthieu, on voulait faire une chanson sur laquelle on pouvait faire un slow comme dans les années 80. Et en même temps, c’était une période où le rapport à l’enfance me travaillait beaucoup, et cette sensation d’être définitivement partie de cette époque, et la notion de mélancolie, de nostalgie de l’enfance. On a allié les deux. Ça a fait cette chanson.

J’avais écrit un clip entier pour la vidéo de cette chanson qu’on a a pas pu faire à cause du Covid. Ce qui est génial ait qu’on a eu l’idée de voir une boîte d’animation qui a nous fait ce clip superbe et encore mieux que ce que j’espérais. Je pense qu’en animation, c’est plus facile de faire voler des personnages. Je suis très heureuse de ce titre. C’est d’ailleurs un de mes préférés.

Je me rappelle avoir vu Videoclub au festival Cabourg mon amour fin juin 2019. Dans le public, alors que l’album n’était pas sorti, des personnes connaissaient déjà les morceaux…

C’est vrai qu’il y a quelque chose d’impressionnant. Avec Matthieu, à ce moment, on n’avait pas du tout l’habitude de la scène. Je pense que le concert que tu as vu devait être le deuxième ou le troisième concert qu’on faisait depuis le début de notre carrière. C’était assez impressionnant.

Le fait que des gens te connaissent déjà peut motiver énormément comme ça peut angoisser et mettre une certaine pression car eux évidemment connaissent la chanson par cœur et l’entendent comme elle est faite en studio, dans notre petite chambre, et nous on se retrouve impressionnés par tout ça et on sent déjà une grosse attente de la part du public alors qu’on commence tout juste. En même temps, c’est une chance énorme parce qu’on n’aura jamais vécu les salles vides et devoir faire un concert devant trois personnes. Ça, c’est une grande chance aussi en tant qu’artiste, même si ça aurait pu aussi beaucoup nous apprendre.

Videoclub en concert le jeudi 14 octobre 2021 au Big Band Café, à Hérouville-Saint-Clair.

Comment as-tu rencontré les musiciens qui assurent avec toi la fin de la tournée Videoclub ? Quels liens se sont noués avec eux ?

Rémi et Greg, les instrumentistes qui m’accompagnent sur scène, sont deux artistes que j’ai rencontré à Nantes par le biais d’amis en commun. A Nantes, il y a vraiment une scène intéressante. Ça grouille de musique, d’idées. Nous avons notre petit lieu où nous faisons de la musique tous ensemble, avec des studios de répétition et des studios d’enregistrement. Nous avons noué cette team au fur et à mesure, à force de faire de la musique ensemble, de se rencontrer en soirée.

J’avais rencontré Rémi un petit peu avant, au moment où nous n’étions pas encore séparé avec Matthieu. L’idée était déjà de rajouter un autre musicien. Quand Mathieu a quitté le groupe, il nous fallait un guitariste. Je connaissais Greg. C’était évident que ce soit lui qui vienne sur ce projet. J’ai la chance de partir en tournée avec des amis qui me sont très chers et qui sont très doués.

Adèle Castillon le jeudi 14 octobre 2021 lors du concert de Videoclub au Big Band Café, à Hérouville-Saint-Clair.

Quels sont tes derniers coups de cœur musicaux ?

Aujourd’hui, je saigne le dernier album de Billie Eilish évidemment. Je sais que Cage The Elephant est assez connu mais je découvre tout juste. Et un artiste que je ne peux que recommander est l’artiste Own, qui vient de Caen et qui promet de très belles choses. Il a déjà sorti beaucoup de clips et de chansons. Je pense que c’est un artiste dont on va beaucoup parler ces prochains mois.

Quel est son style musical ?

C’est du rock, pop-rock, indie, un mélange de plein de choses. Aujourd’hui, c’est tellement dur de donner un style, un genre à une chanson parce qu’on a tellement accès à plein de choses, plein d’instruments, plein de synthés, qu’on va retrouver du synthé dans du hard-rock, des trucs fous. C’est pour ça que je trouve aussi cette époque chouette.

Est-ce qu’il y a une série que tu regardes en ce moment ?

J’en ai saigné beaucoup récemment. J’ai évidemment suivi tout ce qui se passait autour de Squid Game. J’étais dans les starting-blocks pour regarder cette série. C’est vraiment un coup de cœur.

Quel titre choisis-tu d’écouter sur l’album « Euphories » de Videoclub ?

Ma musique préférée de l’album est Trois jours, une chanson très importante pour moi. C’est une chanson d’amour, un peu de rupture. Je trouve qu’elle est très belle. En tout cas, à mes yeux, c’est celle de l’album que je préfère écouter.

Ton premier album solo sera-t-il un album de rupture ?

Forcément, une rupture amoureuse, surtout la première, est toujours intense et il y a forcément des sentiments qui en découlent. Mais je crois que j’ai envie de raconter dans mon album autre chose dont je ne parle pas encore forcément aux gens.

Non, ce ne sera pas un album de rupture mais plus un album qui marquera peut-être l’étape que je suis en train de vivre aussi, d’adolescente à jeune fille, enfin, jeune femme pardon. Même moi, ma tête ne veut pas me dire que ça y est je suis une adulte ! Il y a beaucoup de choses qui m’ont marqué ces deux dernières années. La rupture en fait partie mais il y a beaucoup de thèmes que j’ai envie d’aborder dans cet album.

Adèle Castillon le jeudi 14 octobre 2021 avant le concert de Videoclub au Big Band Café,
à Hérouville-Saint-Clair.

Izïa : « Il est vital de prendre le temps »

Bastien Burger et Izïa Higelin le 9 novembre 2019 à Saint-Lô, dans la Manche.

Interview avec Izïa Higelin enregistrée le samedi 9 novembre 2019, salle Beaufils, à Saint-Lô, quelques heures avant le concert complet dans le cadre des Rendez-Vous Soniques.

Izïa, déjà 4 albums, un virage avec « La vague » en 2015 mais surtout que de chemin parcouru en une décennie !

Oui, il y a eu beaucoup d’évolutions. Je pense essentiel de se réinventer, de s’écouter, de ne pas forcément être là où on nous attend, quitte à en décevoir certains. J’ai besoin de tracer ma route et d’évoluer car je compte rester là un paquet de temps ! (rires)

Couverture de l’album « Citadelle » sorti en 2019 – Photographie par Lou Escobar.

As-tu eu l’impression de te mettre en danger avec « Citadelle », ton quatrième album ?

Moins que sur « La vague » qui était un tournant. Cette fois-ci, c’est plutôt l’affirmation d’un changement. Disons que je me mets à nu. Ca me semble essentiel de parler de soi dans sa musique, de se laisser complètement aller à la sincérité, à l’honnêteté. Ca m’a fait beaucoup de bien.

C’est un disque avec un début, un milieu, une fin.

Oui, il peut aussi être écouté chanson par chanson mais Bastien Burger, qui a réalisé l’album, et moi-même souhaitions que « Citadelle » trace un chemin. Il y a cette grande ouverture avec « Dragon de métal », morceau sur mon père, et je quitte l’album avec une chanson sur mon fils. Cet album parle de la transmission, de l’existence, de notre passage sur Terre.

Penses-tu que tout va « Trop vite » aujourd’hui ?

Oui, les gens manquent de patience, moi la première. Nous n’avons plus le goût d’attendre que les choses arrivent à point nommé. La société va vite et crée des gens impatients. Il est pénible de rester en surface, de ne plus pouvoir aller dans le fond des choses. On ne parle pas longtemps. Les interventions sont toujours courtes. On fait des études de marché pour se rendre compte qu’au bout d’une minute et dix secondes de musique à la télévision, les gens zappent. A tous aller dans ce sens, on ne rééduque pas les gens ! C’est dommage. Mais dans toute culture, il y a une contre-culture. Des personnes ont envie de prendre plus le temps. C’est ce qu’on retrouve dans les podcasts qui prennent le contre-pied de ces espèces de trucs de trente secondes où on répond à des questionnaires hyper-rapidement.

Dans l’industrie musicale, les artistes ont-il le temps de développer leurs albums ?

De moins en moins ! C’est une conversation qu’on a énormément avec le groupe car le milieu change à une vitesse ! C’est troublant. Depuis « La vague », en 2015, j’ai l’impression d’atterrir dans un nouvel univers. Il faut réapprendre plein de choses. Ou imposer son style comme j’essaie de le faire un peu ! On voit beaucoup d’artistes présents en permanence car on se dit qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Il y a tellement de nouveautés. On nage dans les propositions. Avec les plateformes de streaming, c’est une opulence de musique. Alors, quand tu as ta place, on te pousse à ne pas la lâcher. Il suffit que tu te barres et quelqu’un d’autre arrive. Je suis très contente d’être arrivée il y a plus de dix ans à une époque où le public était plus fidèle.

Tu as eu le temps de faire ta place ?

Oui, je pense que des gens me suivent et sont là toute ma vie. Même si ça a été très vite dans ma vie, j’ai réussi à prendre le temps entre chaque disque pour me poser et réfléchir à ce que j’avais envie pour la suite. C’est un luxe que j’ai parce que des personnes fidèles me soutiennent. Evidemment, j’ai envie de conquérir plus de monde, inciter toujours plus de personnes à venir à mes concerts et écouter ma musique. Mais je pense qu’il est vital de prendre le temps. Pour se demander où on a envie d’aller, pour se réinventer.

Pour ton quatrième album, l’exercice de la promotion est-il parfois douloureux ? Y-a-t-il des jours où c’est plus difficile que d’autres ?

C’est complètement ça. Avec Bastien, quand on était en train de faire l’album, on ne réfléchissait pas à ça, à la promo, au moment de chanter la chanson sur scène. Quand ça s’est imposé à moi, il y a des moments où ça a été difficile de voir des images de mon père sur des plateaux télé. Des images de notre vie intime, en train de s’embrasser juste après sa sortie de scène. C’est un peu violent. Mais parler de mon père, de son départ, de choses intimes, ça va. J’adore parler de lui et j’adore qu’on me parle de lui. Comme plein de gens, j’ai perdu mon père. C’est extrêmement douloureux, d’autant plus qu’on avait une relation très fusionnelle. Il me manque chaque jour terriblement mais j’ai la chance d’avoir un père immortel parce qu’il vit dans le cœur des gens, dans la voix des gens, dans les histoires qu’ils me racontent. Quand on me parle de mon dernier disque, on me parle forcément de lui. C’est joyeux, c’est heureux aussi parce qu’il est là. Sur la fin de sa vie, il était moins présent. Aujourd’hui, je le ressens plus fort que jamais.

Etre mère oblige-t-il à réorganiser ton temps en tant qu’artiste ?

Pas tellement. Mon fils nous accompagnera sur la route. Il aura la vie que j’ai eu. C’est exaltant. Etre mère était un souhait profond. Je suis tellement heureuse qu’il soit arrivé dans notre vie. C’est le cycle , comme un disque qui commence et qui termine. C’est incroyable. Il arrive souvent qu’un être part quand un autre arrive. C’est très commun en fait. Je suis mère, femme et artiste. Ce ne sont pas des rôles que je dissocie les uns des autres. Je les cumule. Je ne serai jamais femme avant tout, mère avant tout, actrice ou chanteuse avant tout. J’ai l’impression d ‘être un grand mélange de tout ça.

Comment est né ton duo avec Dominique A ?

Ca faisait très longtemps que je voulais travailler avec lui. Il est un des artistes que je respecte le plus et je l’écoute depuis mes 15 ans. Quand j’ai écris « Esseulés » à la guitare, que j’ai chanté cette mélodie et que je l’ai réécoutée quelques semaines plus tard, j’ai pensé au lyrisme de Dominique A. Alors je l’ai appelé – on avait failli collaboré précédemment – en lui expliquant « J’ai vraiment une chanson pour toi, j’ai l’impression que je l’ai écrite pour toi. » Il l’a adoré. Quand il est venu en studio, j’étais enceinte de sept mois et demi. Il a enregistré sa voix , j’ai enregistré la mienne plus tard car je n’avais plus du tout la même voix à la fin de ma grossesse. Franchement, c’est un de mes morceaux préférés du disque si ce n’est pas mon préféré.

Et qu’est-ce qui t’a donné envie du duo avec Jeanne Added sur le titre « Chevaucher » ?

D’abord beaucoup d’amitié, d’amour, de respect pour cette femme que je trouve extraordinaire. Jeanne est une artiste complète avec une voix hallucinante. Elle est aussi une amie que je connais depuis très longtemps. Elle avait assuré mes premières parties quand j’avais 16 ou 17 ans et elle jouait à la basse toute seule. Il y a chez Jeanne une vérité dans laquelle je me retrouve et je me reconnais. Et je vois un peu chez elle comme une âme sœur. Dès qu’elle chante, c’est la vérité. J’essaie de tendre mon art vers ça.

Et puis Jeanne est une rideuse comme moi ! Elle participe donc à cette chanson sur la liberté, sur deux femmes qui chevauchent la nuit. Elle a traversé la France dans tous les sillons et musiques possibles. C’est une cavalière ! Que Dominique et elle soit sur le disque, c’est comme avoir deux bonnes fées sur l’album. Ce sont mes bijoux. Je les aime artistiquement et humainement.

Izïa, balance ta prog !

Un morceau de…Jeanne Added ?

J’ai écouté « Look at them » dans toutes les versions possibles et elle me fait pleurer toutes les larmes de mon corps. C’est criant de vérité. Un morceau tellement beau, tellement bien composé. C’est de l’orfèvrerie.

…Dominique A.

J’hésite mais je vais dire « Le courage des oiseaux ». La version live est complètement démente. C’est un titre que j’ai eu la chance de chanter avec lui une fois.

…Arthur H.

« Aventi ! »

…Jacques Higelin.

« Le berceau de la vie. » C’est comme s’il avait écrit pour préparer les personnes qui l’aiment à son départ. C’est incroyable ce titre. « La mort est le berceau de la vie » symbolise complètement notre histoire.

SOUNDS OF ANARCHY vibre au son de « Sons of Anarchy »

Le groupe caennais « Sounds of Anarchy » est né de l’idée de Florian Rizet, motard fan de la série créée par Kurt Sutter. Avec d’autres musiciens, il rend hommage aux bikers les plus célèbres du petit écran.

Diffusée à partir de 2008, la série dramatique « Sons of anarchy » suit le parcours d’un gang de bikers trafiquants d’armes basé en Californie. Cinq ans après son arrêt, les fans n’ont pas oublié la signature musicale de la série qui mélangeait country-folk, blues-rock et rock’n’roll. Pour s’y replonger, outre les 92 épisodes et les cinq compilations, ils ont désormais « Sounds of Anarchy », groupe de reprises né de l’idée de Florian Rizet, son chanteur : « En discutant avec d’autres motards, je me suis rendu compte du nombre important de personnes qui aimaient la série comme moi. J’ai rapidement trouvé d’autres musiciens partants. » Tous ont retrouvé dans la série le plaisir d’enfourcher leurs motos. Après quelques mois de répétions, le quatuor donne son premier concert lors d’un rassemblement de bikers. Un an plus tard, un claviériste vient de rejoindre l’aventure.

L’embarras du choix

Creedence Clearwater Revival, Iggy Pop, Jane’s addiction, Alison Mosshart…la série « Sons of anarchy » ne s’est jamais montré avare pour qui aime le rock. « Il y a tellement de bonnes musiques dans cette série » insiste Ludovic, le sonorisateur. « Quand je l’ai regardé, je n’arrêtais pas d’avoir des envies de reprises. Il a fallu faire des choix sinon ça donnerait des concerts de trois heures ! » Le groupe a notamment sélectionné ‘Girl form the North Country’ de The Lions et ‘Gimme shelter’ des Rolling Stones version Paul Brady and The Forest Rangers. Bien entendu, impossible d’ouvrir les concerts sans ‘This life’, morceau du générique. En bonus, entre les morceaux, le chanteur de Sounds of Anarchy relate quelques anecdotes sur la série. Prochain concert le samedi 26 octobre, à 21h, à l’Orient Express, à Caen.

LYS fête ses 10 ans avec Steve Hewitt

Jeudi 12 septembre, LYS joue là où son aventure a commencé. Avant le concert à l’Ubu, à Rennes, trois questions au chanteur et compositeur Nicolas Veron :

Lys le jeudi 15 août 2019 au Park Rock festival, à Baudour, en Belgique.

Nicolas, peu de temps après la formation de LYS, le groupe a tourné à l’étranger. Etait-ce très vite un objectif ?

Oui, nous nous sommes rapidement focalisés sur l’envie de jouer aussi bien à l’étranger qu’en France. Pendant un an, nous avons joué dans des bars à Rennes. Ensuite, vu le son, notre musique, nos influences, cela nous paraissait logique de chercher à jouer dans d’autres pays. D’abord en Angleterre, notamment à Londres où j’ai rencontré Steve, puis les Etats-Unis, la Chine et pas mal de pays d’Europe.

Steve Hewitt et Nicolas Veron

Comment as-tu rencontré Steve ?

J’étais un grand fan des premiers albums de Placebo. Quand j’ai su que Steve n’était plus dans le groupe, je lui ai envoyé un message. Nous avons un peu discuté. J’ai décidé de l’inviter à notre concert à Londres mais je ne savais pas s’il viendrait. Il est venu. C’était une très bonne surprise que j’ai failli rater. Le matin du concert, alors que j’étais encore en France, je n’ai pas entendu mes réveils. Mes collègues de l’époque m’ont téléphoné plusieurs fois. J’ai heureusement fini par me réveiller et je suis entré dans le train de justesse !

L’arrivée de Steve a-t-il permis à LYS de franchir un cap ?

Oui. Le projet est devenu beaucoup plus sérieux à partir du moment où Steve s’est investi. Il a apporté une crédibilité. Nous avons beaucoup plus tourné. En studio, nous avons développé un meilleur son, de meilleurs enregistrements. Nous avons eu un mentor de qualité.

Nicolas, balance ta prog !

THE DOORS Love me two times

Jeanne Added : « Je me sens proche du concept de sororité »


© 2019 Seb Lelièvre – Concert de Jeanne Added le dimanche 7 juillet au festival Beauregard.

Son deuxième album, « Radiate », a confirmé qu’elle était une artiste à suivre sur le long terme. Dimanche 7 juillet, avant un des concerts les plus toniques de Beauregard 2019, Jeanne Added répondait aux questions de la presse. L’autrice-compositrice-interprète est notamment revenue sur sa participation au film « Haut les filles » sorti quelques jours plus tôt.

Jeanne, tu es à l’affiche du documentaire « Haut les filles » de François Armanet. Il met à l’honneur dix femmes de la scène musicale française. Que retiens-tu de cette expérience ?

La longue interview s’est déroulée dans des conditions confortables. J’ai vu le résultat lors de sa présentation à Cannes. C’est une première étape. Le sujet, à mon sens, n’a pas beaucoup été abordé jusqu’ici. Ca fait du bien de voir un tel film. Il donne envie d’aller plus loin.

Avec d’autres femmes artistes françaises, avez-vous l’impression de constituer une nouvelle famille ?

Il faudrait qu’on se connaisse bien pour dire ça mais je me sens proche du concept de sororité. Je fais partie de celles qui estiment qu’on ne se tape pas les unes sur les autres. Nous devons nous soutenir. Avec Clara Luciani, on commence à se connaître un petit peu. Nous nous apprécions beaucoup d’ailleurs. Plus il y en aura, mieux ce sera.

Tu viens initialement du jazz. As-tu l’impression que ça a un impact sur ta musique considérée comme rock ?

Pas sur ma musique. Mais forcément sur ma façon d’en faire. Ma formation jazz m’a donné une boîte à outils pour l’écriture, la composition, le studio et la scène. En revanche, en terme de résultat, le jazz n’est pas très présent.

La basse est-il ton instrument de prédilection ?

Je ne joue pas bien de la basse. J’ai choisi cet instrument car j’étais initialement violoncelliste. Il y avait quatre cordes. Je n’avais pas envie d’y passer beaucoup de temps alors j’ai choisi l’instrument le plus proche de ce que je savais déjà faire. Je ne sais jouer à la basse que ce que je dois jouer donc on ne peut pas dire que je sois bassiste.

Quels sont tes liens avec la Normandie ?

Je pense surtout à l’enregistrement de l’album « Be sensational », mon premier album, avec le producteur Dan Levy.

Clara Luciani : « Je suis amoureuse de Honfleur »


© 2019 Séb Lelièvre – Concert de Clara Luciani le samedi 6 juillet au festival Beauregard

Samedi 6 juillet, lors d’une conférence de presse au festival Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair, Clara Luciani s’est confiée sur ses liens avec la Normandie, sa complicité avec ses musiciens et sa façon de concevoir les concerts.

Que retiendras-tu de ce passage au festival Beaurgard  ?

Formidable à tous les points ! Pour être honnête, j’ai été hyper bien reçue en coulisse avec du très bon fromage et le public était incroyable. Quand on m’a annoncé que j’allais jouer à 16h, j’ai eu une petite angoisse. Je me disais « les gens auront fait le festival la veille donc ils ne seront pas du tout réveillés ». Finalement, ils étaient déjà prêt à chanter et danser dès 16h !

As-tu des liens avec la Normandie ?

Pas dans le sang. Ce sont des liens que j’ai créé plus tard. Ils sont précieux. Je suis amoureuse d’Honfleur. J’y ai passé Noël. J’essaye d’y aller dès que je peux. J’aimerais bien vivre en hiver à Honfleur et en été à Aix-en-Provence.

Tu montres sur scène une grande complicité avec tes musiciens. Comment s’est-elle construite ?

Quand tu passes deux ans et plus de deux cents concerts avec des gens merveilleux, tu finis par les adorer comme des frères. Je crois que c’est ce qui s’est passé entre nous. Je les trouvais bons musiciens quand je les ai choisis. Il s’est avéré qu’ils sont aussi d’excellentes personnes. C’est super précieux d’avoir ce genre de liens pour contrer les moments lors desquels il peut y avoi un peu de mélancolie ou de fatigue après plein de concerts. Avoir ces gars-là avec moi sur scène n’a pas de prix. Ce sont souvent eux qui me portent.

L’esprit de groupe amène parfois à transformer des morceaux par rapport à ce qu’ils étaient en studio…

Oui, bien sûr. C’était l’idée en fait. Je n’avais pas envie de refaire le disque sur scène. Il y a des artistes qui sont maniaques avec ça, qui veulent que le concert sonnent comme le disque. Pour ma part, je voulais que le concert soit surprenant. Les gens reconnaissent l’ADN des chansons mais sont emmenés un petit peu ailleurs. Nous avons travaillé dans ce sens là. Il y a plein de parties qui ne sont pas sur le disque. Je n’interprète pas les chansons de la même façon sur scène.

Autre moteur de ta tournée actuelle : l’apport de nouveaux titres..

C’était important de motiver les troupes avec de la nouveauté. C’est chouette pour le public qui vient à beaucoup de concerts. Et aussi pour nous les musiciens, pour éviter la sensation de répétition. Je veux que les concerts restent extraordinaires. Car c’est extraordinaire de faire ce métier ! Je n’ai pas envie que ça nous échappe. Nous devons continuer à nous rendre compte à quel point nous avons de la chance.

Tu as clôturé ton concert à Beauregard par « La grenade », reprise en chœur par le public. Te sens-tu parfois dépassée par la portée d’un titre.

Oui, un peu, par moment. C’est très agréable quand, tout à coup, une chanson devient presque un hymne. Et c’est hyper beau de voir les gens chanter une chanson écrite dans la confidentialité. Mais j’espère ne pas devenir la fille d’une chanson. J’ai parfois cette peur. J’ai envie de dire « Ecoutez le reste de l’album, il y a des chansons superbes ». Mais je pense qu’une chanson qui passe à la radio régulièrement peut aussi être une porte d’accès à un univers.

Tes musiciens s’éclipsent de la scène le temps de la chanson « Drôle d’époque ». Ses paroles ont-elles une portée particulière pour toi ?

Peut-être. J’avais besoin de ce moment qui me faisait renouer avec ma première façon d’expérimenter la scène, c’est-à-dire guitare-voix. Je faisais des premières parties toute seule. C’est parfois bon d’avoir une piqûre de rappel de cette période car c’était une autre forme de puissance.

Entre la chanson et le rock, ton cœur balance ?

Oui, complètement. Ce sont les deux familles que j’ai le plus écoutées, autant l’une que l’autre. Mon adolescence, c’était presque autant les Sex Pistols que Léo Ferré !