Izïa : « Il est vital de prendre le temps »

Bastien Burger et Izïa Higelin le 9 novembre 2019 à Saint-Lô, dans la Manche.

Interview avec Izïa Higelin enregistrée le samedi 9 novembre 2019, salle Beaufils, à Saint-Lô, quelques heures avant le concert complet dans le cadre des Rendez-Vous Soniques.

Izïa, déjà 4 albums, un virage avec « La vague » en 2015 mais surtout que de chemin parcouru en une décennie !

Oui, il y a eu beaucoup d’évolutions. Je pense essentiel de se réinventer, de s’écouter, de ne pas forcément être là où on nous attend, quitte à en décevoir certains. J’ai besoin de tracer ma route et d’évoluer car je compte rester là un paquet de temps ! (rires)

Couverture de l’album « Citadelle » sorti en 2019 – Photographie par Lou Escobar.

As-tu eu l’impression de te mettre en danger avec « Citadelle », ton quatrième album ?

Moins que sur « La vague » qui était un tournant. Cette fois-ci, c’est plutôt l’affirmation d’un changement. Disons que je me mets à nu. Ca me semble essentiel de parler de soi dans sa musique, de se laisser complètement aller à la sincérité, à l’honnêteté. Ca m’a fait beaucoup de bien.

C’est un disque avec un début, un milieu, une fin.

Oui, il peut aussi être écouté chanson par chanson mais Bastien Burger, qui a réalisé l’album, et moi-même souhaitions que « Citadelle » trace un chemin. Il y a cette grande ouverture avec « Dragon de métal », morceau sur mon père, et je quitte l’album avec une chanson sur mon fils. Cet album parle de la transmission, de l’existence, de notre passage sur Terre.

Penses-tu que tout va « Trop vite » aujourd’hui ?

Oui, les gens manquent de patience, moi la première. Nous n’avons plus le goût d’attendre que les choses arrivent à point nommé. La société va vite et crée des gens impatients. Il est pénible de rester en surface, de ne plus pouvoir aller dans le fond des choses. On ne parle pas longtemps. Les interventions sont toujours courtes. On fait des études de marché pour se rendre compte qu’au bout d’une minute et dix secondes de musique à la télévision, les gens zappent. A tous aller dans ce sens, on ne rééduque pas les gens ! C’est dommage. Mais dans toute culture, il y a une contre-culture. Des personnes ont envie de prendre plus le temps. C’est ce qu’on retrouve dans les podcasts qui prennent le contre-pied de ces espèces de trucs de trente secondes où on répond à des questionnaires hyper-rapidement.

Dans l’industrie musicale, les artistes ont-il le temps de développer leurs albums ?

De moins en moins ! C’est une conversation qu’on a énormément avec le groupe car le milieu change à une vitesse ! C’est troublant. Depuis « La vague », en 2015, j’ai l’impression d’atterrir dans un nouvel univers. Il faut réapprendre plein de choses. Ou imposer son style comme j’essaie de le faire un peu ! On voit beaucoup d’artistes présents en permanence car on se dit qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud. Il y a tellement de nouveautés. On nage dans les propositions. Avec les plateformes de streaming, c’est une opulence de musique. Alors, quand tu as ta place, on te pousse à ne pas la lâcher. Il suffit que tu te barres et quelqu’un d’autre arrive. Je suis très contente d’être arrivée il y a plus de dix ans à une époque où le public était plus fidèle.

Tu as eu le temps de faire ta place ?

Oui, je pense que des gens me suivent et sont là toute ma vie. Même si ça a été très vite dans ma vie, j’ai réussi à prendre le temps entre chaque disque pour me poser et réfléchir à ce que j’avais envie pour la suite. C’est un luxe que j’ai parce que des personnes fidèles me soutiennent. Evidemment, j’ai envie de conquérir plus de monde, inciter toujours plus de personnes à venir à mes concerts et écouter ma musique. Mais je pense qu’il est vital de prendre le temps. Pour se demander où on a envie d’aller, pour se réinventer.

Pour ton quatrième album, l’exercice de la promotion est-il parfois douloureux ? Y-a-t-il des jours où c’est plus difficile que d’autres ?

C’est complètement ça. Avec Bastien, quand on était en train de faire l’album, on ne réfléchissait pas à ça, à la promo, au moment de chanter la chanson sur scène. Quand ça s’est imposé à moi, il y a des moments où ça a été difficile de voir des images de mon père sur des plateaux télé. Des images de notre vie intime, en train de s’embrasser juste après sa sortie de scène. C’est un peu violent. Mais parler de mon père, de son départ, de choses intimes, ça va. J’adore parler de lui et j’adore qu’on me parle de lui. Comme plein de gens, j’ai perdu mon père. C’est extrêmement douloureux, d’autant plus qu’on avait une relation très fusionnelle. Il me manque chaque jour terriblement mais j’ai la chance d’avoir un père immortel parce qu’il vit dans le cœur des gens, dans la voix des gens, dans les histoires qu’ils me racontent. Quand on me parle de mon dernier disque, on me parle forcément de lui. C’est joyeux, c’est heureux aussi parce qu’il est là. Sur la fin de sa vie, il était moins présent. Aujourd’hui, je le ressens plus fort que jamais.

Etre mère oblige-t-il à réorganiser ton temps en tant qu’artiste ?

Pas tellement. Mon fils nous accompagnera sur la route. Il aura la vie que j’ai eu. C’est exaltant. Etre mère était un souhait profond. Je suis tellement heureuse qu’il soit arrivé dans notre vie. C’est le cycle , comme un disque qui commence et qui termine. C’est incroyable. Il arrive souvent qu’un être part quand un autre arrive. C’est très commun en fait. Je suis mère, femme et artiste. Ce ne sont pas des rôles que je dissocie les uns des autres. Je les cumule. Je ne serai jamais femme avant tout, mère avant tout, actrice ou chanteuse avant tout. J’ai l’impression d ‘être un grand mélange de tout ça.

Comment est né ton duo avec Dominique A ?

Ca faisait très longtemps que je voulais travailler avec lui. Il est un des artistes que je respecte le plus et je l’écoute depuis mes 15 ans. Quand j’ai écris « Esseulés » à la guitare, que j’ai chanté cette mélodie et que je l’ai réécoutée quelques semaines plus tard, j’ai pensé au lyrisme de Dominique A. Alors je l’ai appelé – on avait failli collaboré précédemment – en lui expliquant « J’ai vraiment une chanson pour toi, j’ai l’impression que je l’ai écrite pour toi. » Il l’a adoré. Quand il est venu en studio, j’étais enceinte de sept mois et demi. Il a enregistré sa voix , j’ai enregistré la mienne plus tard car je n’avais plus du tout la même voix à la fin de ma grossesse. Franchement, c’est un de mes morceaux préférés du disque si ce n’est pas mon préféré.

Et qu’est-ce qui t’a donné envie du duo avec Jeanne Added sur le titre « Chevaucher » ?

D’abord beaucoup d’amitié, d’amour, de respect pour cette femme que je trouve extraordinaire. Jeanne est une artiste complète avec une voix hallucinante. Elle est aussi une amie que je connais depuis très longtemps. Elle avait assuré mes premières parties quand j’avais 16 ou 17 ans et elle jouait à la basse toute seule. Il y a chez Jeanne une vérité dans laquelle je me retrouve et je me reconnais. Et je vois un peu chez elle comme une âme sœur. Dès qu’elle chante, c’est la vérité. J’essaie de tendre mon art vers ça.

Et puis Jeanne est une rideuse comme moi ! Elle participe donc à cette chanson sur la liberté, sur deux femmes qui chevauchent la nuit. Elle a traversé la France dans tous les sillons et musiques possibles. C’est une cavalière ! Que Dominique et elle soit sur le disque, c’est comme avoir deux bonnes fées sur l’album. Ce sont mes bijoux. Je les aime artistiquement et humainement.

Izïa, balance ta prog !

Un morceau de…Jeanne Added ?

J’ai écouté « Look at them » dans toutes les versions possibles et elle me fait pleurer toutes les larmes de mon corps. C’est criant de vérité. Un morceau tellement beau, tellement bien composé. C’est de l’orfèvrerie.

…Dominique A.

J’hésite mais je vais dire « Le courage des oiseaux ». La version live est complètement démente. C’est un titre que j’ai eu la chance de chanter avec lui une fois.

…Arthur H.

« Aventi ! »

…Jacques Higelin.

« Le berceau de la vie. » C’est comme s’il avait écrit pour préparer les personnes qui l’aiment à son départ. C’est incroyable ce titre. « La mort est le berceau de la vie » symbolise complètement notre histoire.

SOUNDS OF ANARCHY vibre au son de « Sons of Anarchy »

Le groupe caennais « Sounds of Anarchy » est né de l’idée de Florian Rizet, motard fan de la série créée par Kurt Sutter. Avec d’autres musiciens, il rend hommage aux bikers les plus célèbres du petit écran.

Diffusée à partir de 2008, la série dramatique « Sons of anarchy » suit le parcours d’un gang de bikers trafiquants d’armes basé en Californie. Cinq ans après son arrêt, les fans n’ont pas oublié la signature musicale de la série qui mélangeait country-folk, blues-rock et rock’n’roll. Pour s’y replonger, outre les 92 épisodes et les cinq compilations, ils ont désormais « Sounds of Anarchy », groupe de reprises né de l’idée de Florian Rizet, son chanteur : « En discutant avec d’autres motards, je me suis rendu compte du nombre important de personnes qui aimaient la série comme moi. J’ai rapidement trouvé d’autres musiciens partants. » Tous ont retrouvé dans la série le plaisir d’enfourcher leurs motos. Après quelques mois de répétions, le quatuor donne son premier concert lors d’un rassemblement de bikers. Un an plus tard, un claviériste vient de rejoindre l’aventure.

L’embarras du choix

Creedence Clearwater Revival, Iggy Pop, Jane’s addiction, Alison Mosshart…la série « Sons of anarchy » ne s’est jamais montré avare pour qui aime le rock. « Il y a tellement de bonnes musiques dans cette série » insiste Ludovic, le sonorisateur. « Quand je l’ai regardé, je n’arrêtais pas d’avoir des envies de reprises. Il a fallu faire des choix sinon ça donnerait des concerts de trois heures ! » Le groupe a notamment sélectionné ‘Girl form the North Country’ de The Lions et ‘Gimme shelter’ des Rolling Stones version Paul Brady and The Forest Rangers. Bien entendu, impossible d’ouvrir les concerts sans ‘This life’, morceau du générique. En bonus, entre les morceaux, le chanteur de Sounds of Anarchy relate quelques anecdotes sur la série. Prochain concert le samedi 26 octobre, à 21h, à l’Orient Express, à Caen.

LYS fête ses 10 ans avec Steve Hewitt

Jeudi 12 septembre, LYS joue là où son aventure a commencé. Avant le concert à l’Ubu, à Rennes, trois questions au chanteur et compositeur Nicolas Veron :

Lys le jeudi 15 août 2019 au Park Rock festival, à Baudour, en Belgique.

Nicolas, peu de temps après la formation de LYS, le groupe a tourné à l’étranger. Etait-ce très vite un objectif ?

Oui, nous nous sommes rapidement focalisés sur l’envie de jouer aussi bien à l’étranger qu’en France. Pendant un an, nous avons joué dans des bars à Rennes. Ensuite, vu le son, notre musique, nos influences, cela nous paraissait logique de chercher à jouer dans d’autres pays. D’abord en Angleterre, notamment à Londres où j’ai rencontré Steve, puis les Etats-Unis, la Chine et pas mal de pays d’Europe.

Steve Hewitt et Nicolas Veron

Comment as-tu rencontré Steve ?

J’étais un grand fan des premiers albums de Placebo. Quand j’ai su que Steve n’était plus dans le groupe, je lui ai envoyé un message. Nous avons un peu discuté. J’ai décidé de l’inviter à notre concert à Londres mais je ne savais pas s’il viendrait. Il est venu. C’était une très bonne surprise que j’ai failli rater. Le matin du concert, alors que j’étais encore en France, je n’ai pas entendu mes réveils. Mes collègues de l’époque m’ont téléphoné plusieurs fois. J’ai heureusement fini par me réveiller et je suis entré dans le train de justesse !

L’arrivée de Steve a-t-il permis à LYS de franchir un cap ?

Oui. Le projet est devenu beaucoup plus sérieux à partir du moment où Steve s’est investi. Il a apporté une crédibilité. Nous avons beaucoup plus tourné. En studio, nous avons développé un meilleur son, de meilleurs enregistrements. Nous avons eu un mentor de qualité.

Nicolas, balance ta prog !

THE DOORS Love me two times

Jeanne Added : « Je me sens proche du concept de sororité »


© 2019 Seb Lelièvre – Concert de Jeanne Added le dimanche 7 juillet au festival Beauregard.

Son deuxième album, « Radiate », a confirmé qu’elle était une artiste à suivre sur le long terme. Dimanche 7 juillet, avant un des concerts les plus toniques de Beauregard 2019, Jeanne Added répondait aux questions de la presse. L’autrice-compositrice-interprète est notamment revenue sur sa participation au film « Haut les filles » sorti quelques jours plus tôt.

Jeanne, tu es à l’affiche du documentaire « Haut les filles » de François Armanet. Il met à l’honneur dix femmes de la scène musicale française. Que retiens-tu de cette expérience ?

La longue interview s’est déroulée dans des conditions confortables. J’ai vu le résultat lors de sa présentation à Cannes. C’est une première étape. Le sujet, à mon sens, n’a pas beaucoup été abordé jusqu’ici. Ca fait du bien de voir un tel film. Il donne envie d’aller plus loin.

Avec d’autres femmes artistes françaises, avez-vous l’impression de constituer une nouvelle famille ?

Il faudrait qu’on se connaisse bien pour dire ça mais je me sens proche du concept de sororité. Je fais partie de celles qui estiment qu’on ne se tape pas les unes sur les autres. Nous devons nous soutenir. Avec Clara Luciani, on commence à se connaître un petit peu. Nous nous apprécions beaucoup d’ailleurs. Plus il y en aura, mieux ce sera.

Tu viens initialement du jazz. As-tu l’impression que ça a un impact sur ta musique considérée comme rock ?

Pas sur ma musique. Mais forcément sur ma façon d’en faire. Ma formation jazz m’a donné une boîte à outils pour l’écriture, la composition, le studio et la scène. En revanche, en terme de résultat, le jazz n’est pas très présent.

La basse est-il ton instrument de prédilection ?

Je ne joue pas bien de la basse. J’ai choisi cet instrument car j’étais initialement violoncelliste. Il y avait quatre cordes. Je n’avais pas envie d’y passer beaucoup de temps alors j’ai choisi l’instrument le plus proche de ce que je savais déjà faire. Je ne sais jouer à la basse que ce que je dois jouer donc on ne peut pas dire que je sois bassiste.

Quels sont tes liens avec la Normandie ?

Je pense surtout à l’enregistrement de l’album « Be sensational », mon premier album, avec le producteur Dan Levy.

Clara Luciani : « Je suis amoureuse de Honfleur »


© 2019 Séb Lelièvre – Concert de Clara Luciani le samedi 6 juillet au festival Beauregard

Samedi 6 juillet, lors d’une conférence de presse au festival Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair, Clara Luciani s’est confiée sur ses liens avec la Normandie, sa complicité avec ses musiciens et sa façon de concevoir les concerts.

Que retiendras-tu de ce passage au festival Beaurgard  ?

Formidable à tous les points ! Pour être honnête, j’ai été hyper bien reçue en coulisse avec du très bon fromage et le public était incroyable. Quand on m’a annoncé que j’allais jouer à 16h, j’ai eu une petite angoisse. Je me disais « les gens auront fait le festival la veille donc ils ne seront pas du tout réveillés ». Finalement, ils étaient déjà prêt à chanter et danser dès 16h !

As-tu des liens avec la Normandie ?

Pas dans le sang. Ce sont des liens que j’ai créé plus tard. Ils sont précieux. Je suis amoureuse d’Honfleur. J’y ai passé Noël. J’essaye d’y aller dès que je peux. J’aimerais bien vivre en hiver à Honfleur et en été à Aix-en-Provence.

Tu montres sur scène une grande complicité avec tes musiciens. Comment s’est-elle construite ?

Quand tu passes deux ans et plus de deux cents concerts avec des gens merveilleux, tu finis par les adorer comme des frères. Je crois que c’est ce qui s’est passé entre nous. Je les trouvais bons musiciens quand je les ai choisis. Il s’est avéré qu’ils sont aussi d’excellentes personnes. C’est super précieux d’avoir ce genre de liens pour contrer les moments lors desquels il peut y avoi un peu de mélancolie ou de fatigue après plein de concerts. Avoir ces gars-là avec moi sur scène n’a pas de prix. Ce sont souvent eux qui me portent.

L’esprit de groupe amène parfois à transformer des morceaux par rapport à ce qu’ils étaient en studio…

Oui, bien sûr. C’était l’idée en fait. Je n’avais pas envie de refaire le disque sur scène. Il y a des artistes qui sont maniaques avec ça, qui veulent que le concert sonnent comme le disque. Pour ma part, je voulais que le concert soit surprenant. Les gens reconnaissent l’ADN des chansons mais sont emmenés un petit peu ailleurs. Nous avons travaillé dans ce sens là. Il y a plein de parties qui ne sont pas sur le disque. Je n’interprète pas les chansons de la même façon sur scène.

Autre moteur de ta tournée actuelle : l’apport de nouveaux titres..

C’était important de motiver les troupes avec de la nouveauté. C’est chouette pour le public qui vient à beaucoup de concerts. Et aussi pour nous les musiciens, pour éviter la sensation de répétition. Je veux que les concerts restent extraordinaires. Car c’est extraordinaire de faire ce métier ! Je n’ai pas envie que ça nous échappe. Nous devons continuer à nous rendre compte à quel point nous avons de la chance.

Tu as clôturé ton concert à Beauregard par « La grenade », reprise en chœur par le public. Te sens-tu parfois dépassée par la portée d’un titre.

Oui, un peu, par moment. C’est très agréable quand, tout à coup, une chanson devient presque un hymne. Et c’est hyper beau de voir les gens chanter une chanson écrite dans la confidentialité. Mais j’espère ne pas devenir la fille d’une chanson. J’ai parfois cette peur. J’ai envie de dire « Ecoutez le reste de l’album, il y a des chansons superbes ». Mais je pense qu’une chanson qui passe à la radio régulièrement peut aussi être une porte d’accès à un univers.

Tes musiciens s’éclipsent de la scène le temps de la chanson « Drôle d’époque ». Ses paroles ont-elles une portée particulière pour toi ?

Peut-être. J’avais besoin de ce moment qui me faisait renouer avec ma première façon d’expérimenter la scène, c’est-à-dire guitare-voix. Je faisais des premières parties toute seule. C’est parfois bon d’avoir une piqûre de rappel de cette période car c’était une autre forme de puissance.

Entre la chanson et le rock, ton cœur balance ?

Oui, complètement. Ce sont les deux familles que j’ai le plus écoutées, autant l’une que l’autre. Mon adolescence, c’était presque autant les Sex Pistols que Léo Ferré !

Ysé Sauvage :  « J’ai longtemps voulu écrire des scénarios »

Ysé Sauvage au festival Papillons de nuit le samedi 8 juin 2019.

Ysé Sauvage vit à Blainville-sur-Mer, dans la Manche. A bien regarder le clip de « Same old », le littoral normand a sûrement inspiré la chanteuse. Mais ses influences musicales sont aussi à chercher outre-Atlantique. A Saint-Laurent-de-Cuves, rencontre avec une artiste pop-folk intéressée par l’effet papillon.

Ysé, d’où te vient le goût de la musique folk ?

J’ai vécu au Canada quelques mois. A 14 ans, je me suis retrouvé dans une famille d’accueil. J’avais envie de partir, de prendre l’air. Le père de ma famille d’accueil était un mélomane qui adorait la folk. Pour aller au supermarché, il fallait parfois une heure. Il y avait donc le temps d’écouter des albums entiers. Il m’a fait découvrir la country et la folk. En rentrant du Canada, j’ai réalisé que cette musique m’avait bien imprégnée en termes de goûts et d’envies pour ma propre écriture.

Notamment Bob Dylan…

Oui ! Je l’ai vu au Grand Rex récemment et c’était très cool. C’est incroyable qu’il tourne encore. Je me souhaite de tourner autant. Il a une sacrée présence ! Je me souviens aussi du son hallucinant du batteur, très feutré. Je n’avais jamais entendu de la batterie comme ça.

Que retiendras-tu de ce concert au festival Papillons de nuit ?

Je vais retenir que c’est mon premier festival en Normandie, un peu chez moi. Ca devrait me rester longtemps à l’esprit, comme toutes les premières fois.

A propos du 2e EP, as-tu l’impression d’avoir été dans la même direction que pour le premier ?

Je crois que je suis resté fidèle à moi-même mais certainement dans une autre direction. Je crois m’être davantage rapprochée de la pop. Et surtout, j’ai fait une rencontre avec un super mec, Louis Chaâl, qui est devenu mon bassiste, guitariste et trompettiste. On a bossé sur mes titres et il a fait des arrangements. Le travail était donc un peu moins solo. Louis a fait entrer d’autres influences qui sont fidèles à ce que j’aime, ce que j’écoute et ce qui me touche.

Ce deuxième EP s’appelle « Scénario ». As-tu eu des envies de cinéma ?

Oui ! Pendant très longtemps, je voulais écrire des scénarios. L’idée n’est pas restée mais, d’une certaine manière, j’en ai écris pour un autre support. Le « scénario » m’a beaucoup parlé au-delà de l’aspect cinématographique. Je suis tombé sur la définition « une multitude de futurs possibles » et j’ai trouvé chouette ce concept. Nous faisons quotidiennement des choix qui semblent minimes et c’est l’ensemble de tous ces choix qui font notre vie.

Tu utilises toujours un looper, sans doute moins depuis que tu es entouré par des musiciens…

Oui, j’ai longtemps tourné seul. J’avais envie de me libérer, de me lâcher des contraintes purement techniques. Je devais jouer aussi bien avec les pieds qu’avec les mains. Je suis maintenant accompagné par deux musiciens. J’ai gardé le looper comme quelque chose qui amplifie le live plus que de quelque chose dont j’ai besoin pour pouvoir jouer.

Ysé sauvage, Balance ta prog !

« It was you » de Norah Jones.

Ysé Sauvage sera en concert gratuit le jeudi 8 août à 19h à Paris, à Bercy Village, dans le cadre des musiques en terrasse.

Alice et moi : « Je me suis battue contre moi »

Il y a des paroles et des mélodies qui restent en tête toute une journée. Celles d’Alice et moi sont suffisamment malines pour vous accompagner toute une vie. Après cinq premiers titres très prometteurs, la chanteuse à la casquette sortira son nouvel EP en février. Elle le fêtera sur la scène de la Maroquinerie, à Paris, le lundi 11 mars. Rencontre avec l’artiste pop à ne surtout pas perdre de vue en 2019. 

« Frénésie », ton deuxième EP, sortira en février. A qui la réalisation a-t-elle été confiée ? 

Alice : Je l’ai enregistré avec Angelo Foley.  Il a aussi réalisé des titres de Georgio, Grand Corps Malade, Eddy de Pretto et tellement d’autres. Il est très fort.

Ecoutes-tu ces artistes que tu viens de citer ? 

Oui, car ils mettent beaucoup d’importance dans les paroles. J’écoute plein de musiques différentes mais j’ai beaucoup de respect pour les artistes qui soignent leurs textes.

Sur le titre « Filme-moi », titre phare de ton premier EP, il semble y avoir plusieurs degrés de lecture…

Oui, c’est le cas dans tous mes morceaux. Dans « Filme-moi », il est d’abord question d’une personne qui demande à l’être aimé de ne pas oublier les moments qu’ils vivent ensemble. Mais, quand j’ai écris « Filme-moi », je savais aussi que ce serait pour demander au public de ne pas m’oublier.

On peut vite oublier des personnes, y compris celles qui ont compté, non ? 

Je ne sais pas. Pour ma part, que ce soit en amour ou en amitié, j’ai du mal à me dire que j’ai pu aimer quelqu’un très longtemps et passer facilement à autre chose. Même si on grandit, qu’on change et qu’on prend des directions différentes, je ne comprends pas. Nous n’avons qu’une vie ! Je ne veux pas que les souvenirs s’en aillent ! Ca me rappelle « Eternal sunshine of the spotless mind ». Dans ce film, le personnage principal essaie d’oublier tous les souvenirs passés avec une ex. Quand il réalise que ses souvenirs s’échappent, ils pètent un câble et court après. C’est horrible !

A 25 ans, as-tu déjà des regrets ?

Je suis une personne très mélancolique. Le passé me fait toujours des choses très fortes. Ca me prend comme une vague. Mais je n’ai pas de regrets car je suis contente de la vie que j’ai aujourd’hui.

J’imagine que tu t’en es donnée les moyens…

Oui, franchement, je me suis battue comme une folle ! D’abord, je me suis battue contre moi car je ne pensais pas avoir le courage de faire ça dans ma vie. Quand tu dis « Je vais faire de la musique », les gens te regardent très mal mais tu peux aussi te décourager certains jours devant le miroir. Aujourd’hui, je suis contente du chemin parcouru. Mais il reste encore plein de choses à faire !

Alice, tu montres beaucoup d’énergie sur scène. Es-tu sportive ? 

Oui, merci pour cette question ! (rires) Je suis un peu sportive mais je ne vais pas courir tous les matins ! J’ai fait de la boxe. Quand j’étais plus jeune et mal dans ma peau, je sentais que j’avais plus de potentiel que ce que je montrais. Vers l’âge de 17 ans, j’avais envie de me mettre en danger. C’était très effrayant mais ça m’a plu !

Veux-tu sortir avec un rappeur ? 

(rires) Non, dans la chanson « Je veux sortir avec un rappeur », je voulais surtout écrire sur le fantasme d’une vie passionnée avec quelqu’un. Il ne faut pas prendre mes morceaux trop littéralement ! D’ailleurs, la chanson se finit dramatiquement. Les rappeurs ne m’acceptent pas et me disent de rentrer chez moi !

En tant qu’artiste, assumes-tu de susciter des fantasmes à ton tour ? 

(rires) Oui, je veux créer chez les gens plein d’émotions. Quand tu es artiste, que tu montes sur scène et que tu te mets en image, il y a forcément du fantasme qui va autour. Ca ne me dérange pas mais je pense aussi être dans l’honnêteté et la sincérité. Par exemple, après les concerts, je vais traîner avec tout le monde .Je n’ai pas envie d’être uniquement cette fille fantasmée dont on se demande qui elle est. On peut venir me parler.

Alice et moi, balance ta prog ! 

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